1er Avril 1918: l’Armée nettoie les rues de Québec dans le sang

Depuis 1917, le Québec et plus largement le Canada-français est secoué par une grave crise politique. Cause? La décision du gouvernement canadien d’imposer la conscription pour pouvoir continuer à combler les pertes effarantes de la Première Guerre Mondiale, contre l’avis quasi unanime des député du Québec. En effet, le parti conservateur, pro conscription, de Borden vient d’e former un gouvernement d’union, grâce à l’alliance des députés libéraux anglophones pro-conscription. Au Québec, Borden n’a que trois députés, tous de circonscriptions anglophones. Partout dans la province, les policiers fédéraux font la chasse aux insoumis, ces jeunes qui se cachent pour éviter d’aller combattre pour des intérêts étrangers. On appelle rapidement ces policiers les spotters, question de bien rappeler qu’ils sont presque tous anglophones.

Suite à des interventions bâclées des spotters, des manifestations rassemblant plus de 15 000 personnes se déclenchent dans la Ville de Québec à la fin mars 1918. Excédés par les brimades et les contrôles abusifs dont sont victimes leurs fils, la population se rassemble pour manifester et faire libérer les prisonniers sous la menace d’une foule hostile. Pendant plusieurs jours, la situation s’envenime peu à peu: les manifestants sont partout, chantant la Marseillaise et le Ô Canada, chant patriotique canadien-français par excellence, loin de la version officielle qui sera adoptée par le Canada en 1980. Les autorités fédérales décident de réagir par la force: 2000 soldats sont dépêchés d’urgence vers Québec. Pour éviter que la troupe ne sympathise avec la population, on envoie uniquement des soldats anglophones.

Le 1er avril, tout dégénère. La manifestation, pourtant pacifique, est soudain bloquée à l’angle des rues Saint-Vallier, Saint-Joseph et Bagot. Les officiers ordonnent dans leur plus bel anglais à la foule de se disperser immédiatement. Évidemment, le peu de manifestants à avoir entendu l’ordre ne le comprennent pas. C’est alors que tombe l’ordre fatidique: « Shoot to kill ». Une mitrailleuse ouvre le feu, suivie par les fusils de la troupe. 75 personnes tombent rapidement sous les balles. 4 n’y survivrons pas…dont un jeune homme de 15 ans. Plusieurs historiens remettent d’ailleurs ce nombre en question. On sait que de nombreuses victimes ont été soignées dans les caves et cachées, pour éviter les représailles du gouvernement fédéral. En effet, une vague d’arrestation suit et l’armée impose la loi martiale pendant tout le mois. Près de 200 personnes seront même arrêtées sans mandat ni procès. Durant l’enquête, le médecin responsable des autopsies révélera une nouvelle choquante: des balles explosives ont été utilisées. Plus connues sous le nom de balles DumDum, elles sont pourtant interdites comme barbares et inhumaine et bannies par toutes les conventions internationales. Jamais elles ne seront utilisées pendant la Première Guerre Mondiale…sauf contre des Québécois. Omettant évidemment cette information, le rapport de la commission d’enquête ne blâmera personne et refusera tout dédommagement aux victimes.