«Cessons nos luttes fratricides. Unissons-nous!»

 

Le 24 juin 1889, Honoré Mercier est premier ministre du Québec
depuis deux ans et demi. Farouche adversaire de l’Acte de l’Amérique du
Nord britannique en 1867, chef libéral québécois depuis 1883, il fait longtemps
face aux conservateurs qui dominent la vie politique à l’époque,
tant à Québec qu’à Ottawa. Si Mercier est libéral, c’est avant tout un
nationaliste. À la suite de la pendaison du chef métis Louis Riel, en
novembre 1885, il crée le Parti national et invite les conservateurs indignés
à se joindre à lui. Pour battre les conservateurs de l’époque, la
« convergence » était essentielle !

Mercier croit que les luttes partisanes minent la force politique des
Canadiens français. Pour défendre leur autonomie au sein du Canada ou
pour combattre certaines injustices, ceux-ci doivent se rassembler. Ce
thème important est au coeur d’un grand discours qu’il livre le jour de la
Saint-Jean, en 1889. Le discours est prononcé à Québec lors du dévoilement
de statues qui honorent la mémoire de l’explorateur Jacques Cartier
et du missionnaire jésuite Jean de Brébeuf. À l’époque, la nation ne se
confine pas au Québec. Dans le parterre des notables, on retrouve d’ailleurs
plusieurs Franco-Américains.

Après avoir rappelé ce qui constitue la patrie canadienne-française, il
déclare :

Nos ennemis sont unis, dans leur haine de la patrie française ; et
nous, nous sommes divisés dans notre amour de cette chère patrie.
Pourquoi ? Nous ne le savons pas ! Nous sommes divisés parce que
la génération qui nous a précédés était divisée. Nous sommes divisés
parce que nous avons hérité des qualifications de rouges et de bleus ;
parce que le respect humain nous dit de nous appeler libéraux ou
conservateurs […]. Brisons, messieurs, avec ces dangereuses traditions
; sacrifions nos haines sur l’autel de la patrie ; et dans ce jour
de patriotiques réjouissances, au nom et pour la prospérité de cette
province de Québec que nous aimons tant, donnons-nous la main
comme des frères, et jurons de cesser nos luttes fratricides et de
nous unir.

Pour en savoir plus :
Claude Corbo (dir.), Honoré Mercier. Discours, 1873-1893, Montréal, Delbusso éditeur, 2015.