Démission de Henri Bourassa en réaction à l’appui du Canada à la guerre des Boers

Le 18 octobre 1899, le grand tribun Henri Bourassa claque la porte du Parti Libéral à la Chambre des Communes pour protester contre un conflit que tout le monde a oublié, à l’autre bout du monde : la guerre des Boers.

Descendants des colons hollandais, allemands et français ayant fondé l’Afrique du Sud bien avant la conquête britannique, les Boers tolèrent mal la tutelle anglaise. Ils quittent la colonie et se dirigent vers le nord afin d’y fonder la nouvelle république indépendante du Natal. Or, quelques années plus tard, les britanniques l’annexent également. Les Boers repartent vers le nord et fondent deux nouveaux états, l’état libre d’Orange et le Transvaal. Alors séparés des colonies britanniques par un fleuve, ils pensent avoir enfin établi une frontière durable avec le puissant empire de la Reine Victoria. La découverte de riches gisements de diamants sur les terres des Boers change la donne.

Il n’en faut pas plus pour que les autorités britanniques décident que, finalement, ces deux états seraient annexés. Les Boers prennent les armes, formant des « commandos » qui chassent les tuniques rouges et forcent les Britanniques à reconnaître leur indépendance. La Grande-Bretagne demande alors à ce que ses colonies la soutiennent dans cette « croisade », dont le Canada. Or, si le Canada anglais y est plutôt favorable, le Québec s’oppose avec vigueur à l’envoi de soldats canadiens contre le peuple Boers avec qui plusieurs voient des affinités.

On privilégie finalement un compromis et les 7000 volontaires répondront à l’appel de la mère-patrie pour combattre en Afrique du Sud. Henri Bourassa refuse ce compromis. Pour lui « La conciliation n’est jamais bonne, elle n’est jamais possible entre deux principes contraires, entre la vérité et l’erreur, entre la justice et l’iniquité. Gouverner c’est avoir le courage, à un moment donné, de risquer le pouvoir pour sauvegarder un principe. » En réponse, le premier ministre Laurier répond avec dérision : « Mon cher Henri, la province de Québec n’a pas d’opinions, elle n’a que des sentiments. »

Pour en savoir plus :

Joseph Levitt, « Henri Bourassa », L’Encyclopédie canadienne, en ligne.

Rolando Gomes, « Henri Bourassa et l’impérialisme britannique (1899-1918) », Bulletin d’histoire politique, vol. 16, no 3 (printemps 2008), p. 161-182.