Émeute sur la place d’Armes lors d’une assemblée de recrutement

Dès le début de la Grande Guerre, l’armée canadienne mène partout dans les lieux publics des rallyes destinés à recruter de jeunes soldats. Fanfares, vétérans et même les mutilés de guerre sont mobilisés pour haranguer les jeunes francophones et les inciter à s’enrôler. Le 23 août 1916, l’un de ces rallyes dégénère, sur la place d’Armes à Montréal. Selon le journal Le Nationaliste, l’échauffourée aurait éclaté quand de jeunes hommes auraient demandé aux officiers recruteurs de s’adresser à eux en français. Selon Le Devoir, «[…] les querelles ont été le résultat surtout de paroles injurieuses jetées à des civils par des soldats anglais trop excités».

S’improvisant chef des manifestants, un dénommé Pagé appelle alors les Montréalais à se rassembler le lendemain, au même endroit, pour dénoncer les insultes proférées par les recruteurs du bataillon des Irish Rangers : «Nous nous ferons peut-être écraser, mais nous n’accepterons jamais la conscription. Notre peuple est insulté tous les jours. Canadiens français, il est temps de nous faire respecter et de ne plus permettre que l’on nous écrase comme en Ontario.» Le 24 août venu, recruteurs et manifestants s’invectivent et l’armée est bientôt appelée sur les lieux. Finalement, on réussit à désamorcer la tension.

À la suite de ces événements, les rallyes de recrutement connaissent une pause marquée, puis le recours à la conscription, en juillet 1917, les rend complètement désuets.

Pour en savoir plus :

Omer Héroux, «Les incidents de la Places d’Armes», Le Devoir, 25 août 1916, http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2794269

Bill Ingue, «Assemblées de recrutement», Le Nationaliste, 27 août 1916 : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2662464