À la rue pour l’unité canadienne: les expropriés du Vieux-Hull

Le 20 mai 1969, le premier ministre Trudeau annonce sans préavis
que des centaines de familles de milieux modestes du quartier historique
de Hull (Gatineau) seront expropriées et que leurs logements seront
démolis pour céder la place à un vaste complexe d’édifices fédéraux.

Depuis la Révolution tranquille et la montée du sentiment national
québécois, le gouvernement fédéral cherche en effet à accroître sa visibilité
au Québec. On pense par exemple à l’aménagement du parc des plaines
d’Abraham à Québec ou du Vieux-Port à Montréal. Nulle part cependant
cette volonté n’est plus visible que dans la région d’Ottawa, où la puissante
Commission de la capitale nationale projette de construire plusieurs édifices
sur la rive québécoise de la rivière Outaouais, pour l’essentiel, des
musées et des tours de bureaux.

Hull est alors une ville industrielle importante, et le Vieux-Hull, un
milieu de vie pour des milliers d’ouvriers avec ses tavernes, ses petits
commerces et ses terrains de jeux. Les réactions à l’annonce fédérale
sont nombreuses et les citoyens s’organisent, mais en vain. In extremis, le
gouvernement du Québec, prévenu la veille par un fonctionnaire indigné,
réussit à protéger quelques enclaves, dont l’actuel hôtel de ville de
Gatineau, mais sans parvenir à renverser la vapeur. Ottawa impose ses
vues et des hommes d’affaires proches du gouvernement libéral en profitent
pour mener une avantageuse spéculation sur les terrains expropriés.
Finalement, même si les travailleurs chassés de chez eux croient un
temps pouvoir se prévaloir des emplois annoncés, la plupart sont comblés
par des professionnels venus de l’extérieur.

 

Pour en savoir plus :
ICI.RADIO-CANADA.CA, « Les expropriés du Vieux-Hull », Tout le monde en parlait,
« Dossier : « Hull, ville assiégée », À bâbord !, n° 40 (été 2011).