Le défilé de la Saint-Jean vire à l’émeute

Il y a beaucoup de nervosité dans l’air le 24 juin 1968, le soir du traditionnel
défilé de la Saint-Jean à Montréal. Sur le côté sud de la rue
Sherbrooke, en face du parc La Fontaine, devant la bibliothèque municipale
de Montréal (aujourd’hui l’édifice Gaston-Miron), des estrades
d’honneur sont installées. Parmi les notables, Pierre Elliott Trudeau,
premier ministre du Canada depuis sa victoire au congrès à la chefferie
du Parti libéral du Canada, à peine deux mois plus tôt.

Sa présence scandalise Pierre Bourgault, chef du Rassemblement pour
l’indépendance nationale. Il appelle les militants à manifester contre la
présence du premier ministre canadien. Le plan de Bourgault est pour le
moins machiavélique. Il compte assister au défilé, puis disparaître chez
lui. Ses proches laisseraient alors courir la rumeur qu’il aurait été arrêté
par la police. Les choses ne se passent cependant pas comme prévu.

Arrivé sur place, Bourgault est porté par ses partisans gonflés à bloc,
prêts à en découdre avec les autorités. La foule est agitée et des projectiles
sont lancés sur l’estrade d’honneur. La plupart des notables désertent les
lieux, sauf Pierre Elliott Trudeau, qui bombe le torse et défie les militants
indépendantistes. Cette bravade sera payante : le lendemain, son parti
remporte une éclatante victoire aux élections fédérales et Bourgault finit
la nuit en prison.

Le défilé est présenté à la télé de Radio-Canada. Les téléspectateurs
n’ont aucune idée de ce qui se passe puisqu’une consigne est donnée de
ne rien montrer des manifestations. C’est du moins ce que racontera plus
tard le journaliste Claude Jean Devirieux, présent sur les lieux, et suspendu
pour avoir évoqué en ondes le désordre et la rafle policière.

Source :
Jean-Claude Germain, « L’émeute qui a transformé la Saint-Jean-Baptiste en fête nationale », Le Devoir, 21 juin 2003.
http://www.ledevoir.com/politique/quebec/30363/l-emeute-qui-a-transforme-la-saint-jean-baptiste-en-fete-nationale