Le monumental gâchis de Mirabel débute

 

Le 27 mars 1969, le gouvernement de Pierre Trudeau procède à l’expropriation
de 10 000 personnes, 2700 familles, la plupart installées dans
les Basses-Laurentides depuis des générations. Il spolie ainsi le Québec de
près de 100 000 acres de terres arables, rasant des villages entiers, aux
seules fins d’y aménager le plus vaste aéroport du monde, sans étude
d’impact ni consultation de la population.

Au total, plus de 800 résidences, revêtant souvent une valeur patrimoniale,
sont détruites. Les écoles de pompiers s’en donnent à coeur joie, les
fonctionnaires fédéraux les ayant autorisées à incendier les maisons pour
s’entraîner, parfois sous le regard éberlué des anciens résidents.

« Mirabel est le scandale politico-administratif du siècle, indiquera
plus tard le député Jean-Paul L’Allier. C’est tellement gros qu’on ne s’en
rend même plus compte. »

Le ministre libéral Marc-Yvan Côté déclarera, pour sa part : « C’est clair,
on s’est fait avoir. Le gouvernement fédéral menait la barque à sa guise et
nous, à Québec, on ramassait les pots cassés. Il n’existait aucun rapport
de force entre Ottawa et Québec. »

Inauguré le 14 octobre 1975, l’aéroport ne devient jamais rentable.
Fermé en 2004, on l’a depuis complètement rasé. Au terme d’un protocole
signé en 1985 par le gouvernement Mulroney, 80 000 acres inutilement
confisquées seront finalement rendues aux habitants, mais le mal
est fait.

Parmi les innombrables bévues qui ponctuent ce dossier, notons que
l’aéroport lui-même sera construit à l’envers, si bien que jamais il ne sera
relié à Montréal par une autoroute ou un train : il aurait fallu, pour ce
faire, creuser un tunnel sous le tarmac.

Pour en savoir plus:
Pierre Bellemare, «Le calvaire des expropriés de Mirabel», La Presse, 27-28 mars 2004. Plus-6.
http://collections.banq.qc.ca:81/lapresse/src/pages/2004/03/28/P/82812_20040328LPP06.pdf