Le Québec fait les frais de la politique nationale du pétrole

En 1957, les États-Unis révoquent le statut octroyé au Canada à titre de fournisseur privilégié de pétrole. Les provinces de l’Ouest cherchent dès lors désespérément un débouché pour leur pétrole et le font clairement savoir au nouveau premier ministre élu originaire de Saskatchewan, John Diefenbaker.

Ce dernier crée, le 16 octobre 1957, la Commission royale d’enquête sur l’énergie, présidée par Henry Borden. Suite au dépôt du rapport, le gouvernement Diefenbaker tranche en 1961 : le Canada subventionnera le pétrole plus cher de l’Ouest canadien pour approvisionner par pipeline tout l’Ouest ainsi que l’Ontario. En revanche, à l’est de l’Outaouais, le Québec et les Maritimes continueront à s’approvisionner sur le marché international, principalement de pétrole venant du Venezuela. C’est la ligne Borden, en vigueur jusqu’à la crise du pétrole de 1973.

Cette ligne aura au moins deux conséquences néfastes pour le Québec.

D’abord, durant toute cette période, les Québécois subventionneront l’extraction pétrolière de l’Ouest dont les coûts de revient sont alors plus élevés que le prix mondial.

La ligne Borden aura ensuite pour effet de stopper l’expansion de l’industrie du raffinage au Québec, principalement dans l’Est de Montréal, où était jusque-là raffiné le pétrole venu par mer ou par le pipeline de Portland à destination du marché ontarien. Les Ontariens étant désormais approvisionnés depuis l’Ouest, ils raffinent désormais le pétrole sur place et c’est essentiellement la région de Sarnia qui en profitera.

Pour en savoir plus :

Commission royale d’enquête sur l’énergie, Deuxième rapport, juillet 1959, 2 vols., 41 et 73 p.

« La commission Borden recommande : Pas de pipe-line Alberta-Montréal », Le Devoir, le 29 août 1959.