Les réalisateurs de Radio-Canada défient la condescendance

29 décembre 1958 – Les réalisateurs de Radio-Canada défient la condescendance

Six jours après un vote à 96 % pour la grève, les réalisateurs du réseau français de Radio-Canada débrayent le 29 décembre 1958 pour faire reconnaître leur accréditation syndicale. Il s’agirait d’une première affiliation syndicale pour une association de cadres. La grève perdure et prend un caractère politique en raison de l’arrogance de la direction, qui dépêche de Toronto des négociateurs anglophones, et de l’indifférence du gouvernement conservateur de John Diefenbaker, qui laisse toute latitude à la direction de la société d’État.

Le mouvement s’amplifie et unit syndicalistes (Jean Marchand), journalistes (Gérard Pelletier), artistes (Jean-Louis Roux, Jean Duceppe) et intellectuels (André Laurendeau, Pierre Elliott Trudeau) qui marquent leur appui aux 75 réalisateurs en grève. On organise des spectacles pour lever des fonds, et une grande manifestation réunissant 1000 personnes se tient à Ottawa le 19 janvier. Le 2 mars, une manifestation tourne à la violence devant les installations de Radio-Canada, rue Dorchester. Jean Marchand et René Lévesque sont arrêtés. Ce dernier est sans conteste le leader du mouvement. L’animateur de la populaire émission Point de mire tire des leçons de l’événement : « Nous sommes quelques-uns et peut-être même plusieurs à sortir de cet épisode avec le sentiment pénible et déprimant que, si une telle grève s’était produite au réseau anglais de Radio-Canada, écrit-il, elle n’aurait pas duré une demi-heure. »

Cette grève, qui se terminera le 7 mars par la victoire des réalisateurs, est riche en enseignements. En plus de révéler le manque de sensibilité du gouvernement fédéral, de la direction de la Société Radio-Canada et du public canadien-anglais face aux aspirations des francophones, elle représente un rare moment de solidarité entre fédéralistes et nationalistes au Québec. De plus, on la décrit souvent comme le « chemin de Damas » de René Lévesque, le moment où le journaliste jusque-là reconnu comme un internationaliste a pris conscience de l’oppression nationale ici même. On considère aussi cet événement comme un des premiers soubresauts de la Révolution tranquille.

Pour en savoir plus :

Ici.radio-canada.ca, « La grève des réalisateurs de Radio-Canada de 1959 », Tout le monde en parlait, le 2 juin 2009, en ligne.

Daniel Lemay, « Il y a 50 ans : dure grève à Radio-Canada », La Presse, le 29 décembre 2008.

« 1958-1959. Grève des réalisateurs de Radio-Canada », Les relations du travail au Québec, en ligne.