Ottawa tente d’empêcher le Québec de participer à un sommet international

Après la décolonisation, la France entretient des liens avec plusieurs
de ses anciennes colonies. Chaque année sont organisées des conférences
réunissant les ministres de l’Éducation des États nouvellement indépendants
et le ministre français de l’Éducation. En 1968, cette rencontre doit
avoir lieu à Libreville, au Gabon.

Parallèlement, la France tisse avec le Québec des relations directes et
privilégiées dans les domaines de l’éducation et de la culture et, tout naturellement,
l’idée d’inviter la province à participer à la conférence du
Gabon fait son chemin. Évidemment, le Québec n’est pas un État souverain,
sauf que le gouvernement québécois prétend que ses compétences
intérieures s’étendent au-delà de son territoire. Or, il détient comme
toutes les provinces une compétence exclusive en éducation et considère
que ses compétences intérieures se prolongent hors du Canada. De plus,
le gouvernement fédéral ne s’est jamais intéressé – ou très peu – aux pays
de la francophonie, contrairement à son homologue québécois.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement fédéral fait tout pour empêcher
le Québec de participer à ladite rencontre, histoire de montrer qui est le
chef. Mais la France, dirigée par de Gaulle, ne l’entend pas de cette oreille.
Elle souhaite mordicus que le gouvernement québécois soit de la partie
et insiste auprès du Gabon. Résultat : le Québec se présentera à la conférence
malgré l’opposition d’Ottawa. Le Canada rompra ses relations
diplomatiques avec le Gabon le 19 février 1968 pour protester contre la
présence du Québec à une conférence des pays francophones sur l’éducation.
Pour en savoir plus :
PAQUIN, Stéphane (dir.), avec la collaboration de Louise Beaudoin, Histoire des
relations internationales du Québec, Montréal, VLB éditeur, 2006, 357 p.
DUGUAY, Gilles, Le triangle Québec-Ottawa-Paris : récit d’un ancien ambassadeur
canadien, Sillery, Septentrion, 2010, 628 p.