Pas de papisme dans nos écoles!

Avec les Autochtones, les francophones hors Québec sont ceux qui paieront le plus lourd tribut à la suite de l’adoption de la loi constitutionnelle de 1867. C’est encore pis quand on tient compte de l’hostilité qui règne, à l’époque, envers ceux de confession catholique.

Le 5 mai 1871, le Parlement néo-brunswickois fait adopter la Common School Act, qui vise à mettre sur pied l’enseignement public dans cette province. Prétextant ainsi déconfessionnaliser le réseau, c’est en fait l’enseignement catholique qu’on cible, en privant l’enseignement confessionnel de toute subvention. On contribuait de cette façon à exclure les Acadiens des écoles publiques et à les contraindre à l’un des taux d’analphabétisme les plus élevés de tout l’Empire britannique.

Face à la menace, les élites acadiennes se mobilisent. Avec l’appui de la communauté catholique irlandaise, ils en appellent au gouvernement fédéral afin qu’il use de son pouvoir de désavouer une loi provinciale. Rien n’y fit. Bien connu pour ses positions francophobes, le premier ministre John A. Macdonald refuse d’intervenir. Des députés du Québec organisent bien une résistance parlementaire en proposant qu’on garantisse des droits scolaires aux franco-catholiques, mais le Nouveau-Brunswick riposte en menaçant de quitter la Confédération, d’autant qu’aucun catholique ne siège au cabinet de cette province.

Le slogan « Pas de papisme dans nos écoles » est alors repris par les journaux anglophones, qui misent sur la fibre anticatholique en vogue, soutenus par les Orangistes. Une ultime manœuvre est tentée par l’envoi d’une pétition en Grande-Bretagne, mais le Conseil privé refuse d’entendre la cause.

L’affaire dégénérera même en une émeute durement réprimée à Caraquet, où deux morts viendront ensanglanter l’histoire. Les Acadiens venaient de perdre une première manche dans leur longue lutte pour la défense de leurs droits.

Clarence LeBreton, La Révolte acadienne – 15 janvier 1875, Moncton, Éditions de la Francophonie, 2002 (ISBN 2-923016-03-3).

Fidèle Thériault, « Louis Mailloux, un héros acadien », Le Voilier, 24 mars 1972, p. 1, 3.