La doctrine Gérin-Lajoie

Ce qui est de compétence québécoise chez nous est de compétence québécoise partout

Le 12 avril 1965, le Québec réclame le droit de se représenter directement auprès des États souverains dans les domaines de sa compétence. « Il n’est plus admissible […] que l’État fédéral puisse exercer une sorte de surveillance et de contrôle d’opportunité sur les relations internationales du Québec », affirmait Paul Gérin-Lajoie, alors ministre de l’Éducation.
Lorsque la Maison du Québec à Paris, inaugurée en 1961, est devenue Délégation générale trois ans plus tard, la France lui avait donné, de même qu’à son personnel, un statut quasi diplomatique. Le président de la République, le Général de Gaulle, s’était mis à recevoir les premiers ministres québécois comme des hommes d’État. Québec et Paris avaient signé une entente sur la culture et s’apprêtaient à en signer une autre sur l’éducation.

Débordée par les événements, Ottawa signa un accord-cadre avec la France, autorisant rétroactivement ces ententes entre la province canadienne et le pays souverain. Encore aujourd’hui, le fédéral s’en tient à une définition du fédéralisme qui donne au gouvernement fédéral le monopole de la représentation du Canada et de ses provinces dans le système international.
Pour avertir les autres pays de la francophonie qu’il ne saurait tolérer d’autres exceptions à cette règle, le Canada a même rompu ses relations diplomatiques avec le Gabon pour avoir invité le Québec à une conférence des pays francophones sur l’éducation en 1968. Pour leur part, tous les gouvernements du Québec depuis 1965 affirment que le Québec a le droit d’avoir des relations directes avec des pays souverains lorsqu’il s’agit des compétences de l’État du Québec, comme l’éducation, la culture, la santé et les services sociaux.