Promesses en l’air de politiciens fédéraux sur la conscription lors des élections provinciales de 1939

Le 10 septembre 1939, une semaine après la Grande-Bretagne, le Canada entre en guerre contre l’Allemagne. Le souvenir de la conscription imposée en 1917 est encore frais à la mémoire des Canadiens français. Comme la majorité de ses concitoyens, le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, s’oppose à la conscription. Bien qu’élu depuis trois ans à peine, il déclenche des élections générales en prétextant le nouveau contexte politique. Il demande la dissolution de l’Assemblée législative le 24 septembre 1939, pour des élections qui auront lieu le 25 octobre suivant.

Il affirme que son parti, l’Union nationale, est le meilleur rempart contre la conscription : si les libéraux provinciaux d’Adélard Godbout sont élus, prétend-il, il n’y aura personne pour empêcher le gouvernement libéral fédéral d’ordonner que des soldats soient envoyés de force se battre en Europe.
Duplessis a tort et raison à la fois. Il se trompe parce que sa tactique n’empêche pas l’élection des libéraux. L’intervention musclée de trois ministres libéraux fédéraux du Québec dans la campagne électorale fait pencher la balance : Ernest Lapointe, Arthur Cardin et Charles Gavan Power menacent de démissionner du cabinet fédéral si les Québécois réélisent l’Union nationale, laissant le cabinet fédéral de King en proie aux pressions conscriptionnistes des ministres canadiens-anglais. Il s’ensuit une victoire du parti d’Adélard Godbout qui prend le pouvoir à Québec avec 54% des voix et 70 sièges sur 86.

En juin 1940, le gouvernement fédéral impose la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, qui exige une conscription des hommes, mais uniquement pour défendre le territoire canadien. Toutefois, deux ans plus tard – et c’est là que Duplessis a raison –, le premier ministre King organise un plébiscite pour demander aux Canadiens d’un océan à l’autre de le délier de la promesse faite aux Québécois de ne pas imposer la conscription. La majorité l’emporte et la conscription pour service outre-mer est finalement imposée en 1944.

Pour en savoir plus :

Je suis et je serai toujours contre la conscription, discours prononcé par l’hon. M. Maurice Duplessis aux Trois-Rivières, le 4 octobre 1939.

« Crise de la conscription (Deuxième Guerre mondiale) », Bilan du siècle, en ligne.