Quand les Canadiens français deviennent des Québécois

23 novembre 1967 – Quand les Canadiens français deviennent des Québécois

Au matin du jeudi 23 novembre 1967, 1 700 délégués Canadiens français, dont 400 de l’extérieur du Québec, sont massés à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, à Montréal, pour l’ouverture des États généraux du Canada français. « On n’avait jamais vu un rassemblement d’une telle ampleur, aussi représentatif de ce qu’il faut bien appeler les forces vives de la nation, et il n’y en a jamais eu d’autre depuis », déclare Jacques-Yvan Morin qui présidait l’événement.

L’importance de ces assises vient du fait qu’on doit y débattre d’une proposition affirmant le « droit à l’autodétermination du Québec », désigné « territoire national et milieu politique fondamental » de la nation canadienne-française. Cela constitue un changement complet de perspective : les Québécois dépouillent leur appartenance de sa composante ethno-linguistique, pour ne retenir que sa dimension juridique, liée au simple fait d’habiter le territoire du Québec.

La proposition divise profondément les délégués présents aux États généraux. Ceux du Québec votent en faveur à 98 %, tout comme 52 % des Acadiens, tandis que ceux d’ailleurs votent contre. Pour la première fois, les Québécois s’affirment en tant que nation à part entière, occupant un territoire précis, de caractère résolument français et dont l’État national québécois pourra faire rayonner le fait français partout en Amérique du Nord.

Pour en savoir plus :

Michel Sarra-Bournet et Lucien-Pierre Bouchard, « Au-delà de la rupture entre les francophonies canadienne et québécoise », Marcel Martel (dir.), dans Les États généraux du Canada français : trente ans après, Ottawa, Centre de recherche en civilisation canadienne-française, 1998, p. 245-260.

Jean-François Laniel et Joseph-Yvon Thériault (dir.), Retour sur les États généraux du Canada français, Québec, Presses de l’Université du Québec, Collection Politeia, 2016, 410 p.