Se faire soigner en français, un luxe hors du Québec…

La présence francophone ne se résume pas à parler français à la maison.
Pour vivre en français, il faut aussi pouvoir bénéficier de services
dans sa langue. Seul hôpital francophone à l’ouest de la rivière des
Outaouais, Montfort servait la communauté franco-ontarienne de la
région d’Ottawa jusqu’à ce que, du jour au lendemain, le gouvernement
ontarien, en pleine « révolution du bon sens », décide de fermer cette
institution pour réduire son déficit. C’était le 24 février 1997.

La résistance se met rapidement en place : la coalition SOS Montfort
rassemble la francophonie ontarienne, sous l’impulsion de la fondatrice
du groupe, Gisèle Lalonde. En face, le ministre de la Santé, Tony
Clement, refuse de bouger d’un millimètre.

Le Québec ne reste évidemment pas insensible aux cris de ses compatriotes
de l’Ouest : le gouvernement provincial multiplie les déclarations
d’appui, le Bloc québécois et Lucien Bouchard offrent un soutien logistique
et financier, la Société Saint-Jean-Baptiste, les syndicats, les villes de
l’Outaouais, les évêques catholiques du Québec, le Parti québécois et
jusqu’à Guy Lafleur multiplieront les dons et les gestes de solidarité.

Si les tribunaux pencheront finalement du côté des défenseurs et
forceront le gouvernement ontarien à reculer, cette histoire de courage
nous rappelle que la situation du français au Canada a été, est et sera toujours
précaire.

MARTEL, Marcel, « Usage du passé et mémoire collective franco-ontarienne : le souvenir du Règlement 17 dans la bataille pour sauver l’hôpital Montfort », Mens, vol. 6, n° 1 (automne 2005), p. 69-94.